Je me rappelle dans les années 70, ma mère, ma sœur et moi allions souvent nous balader à Saint Tropez. A l’époque, il n’y avait pas de problème pour se garer et ce n’était pas toujours payant. Ma mère avait l’habitude
de se garer sur le petit parking, derrière la célèbre gendarmerie. D’ailleurs, nous avons joué dans "le gendarme en
ballade ". Mon père était sous brigadier au commissariat de police. La production avait demandé aux épouses de policiers d’aller et venir en voiture pour certaines
scènes. Ma mère et ma sœur se trouvent dans la Peugeot juste derrière la voiture du préfet dans la fameuse scène de l’embouteillage. Mon frère est le petit garçon malicieux qui
se glisse vers la fin du film sous la table du restaurant de la plage. Il gonfle un ballon et le claque dans ses mains pour faire croire que c’est la fusée qui a explosé. Evidemment, tout le
monde sursaute et s’affole car il a bien réussi la farce. C’était la belle époque à Saint Tropez surtout au début de l’été. Il y régnait une atmosphère de gaieté. Tout le monde essayait de
repérer les stars de la télé. Il n’y avait pas de garde du corps, Saint Tropez n’était pas encore très connu des étrangers. Il n’y avait pas autant de monde et c’était vraiment très agréable de
s’y promener. J’ai vu Brigitte Bardot, Johnny, Sylvie Vartan, Carlos, Eddy Barclay, Patrick Juvet, Dalida et
bien d’autres encore. J’étais petite et c’était magique de les apercevoir. J’avais envie d’être avec eux, de partager leur vie et surtout de connaître leur secret car pour devenir une star, il
fallait bien avoir un secret ! Moi aussi je voulais chanter ! Mais tous avaient réussi à Paris.
Paris – c’était un mot qui résonnait dans ma tête. C’était plus qu’une ville, c’était un lieu de
magie, je ne savais pas à quoi ça ressemblait, ça me semblait tellement loin, tellement inaccessible. C’était la planète des stars et Saint Tropez n’était qu’un reflet du soleil qui brillait là
bas. Des stars que j’aurais pu toucher ici, je ne pouvais que me contenter de les regarder à la télé. Paris, c’était la télé d’abord en noir et blanc puis miracle, en 1975, en couleur à la
maison.
Ce que j’aimais par-dessus tout à Saint Tropez, c’est que ma famille y travaillait et je m’y sentais en sécurité. Mon père
travaillait au commissariat, mon frère aîné était plagiste et ma sœur aînée travaillait dans une boutique de fringues sur le port. La boutique s’appelait « Micmac ».Je me souviens des
grosses lettres blanches qui flottaient sur la bâche bleue au dessus du magasin et de son patron toujours habillé en blanc. Il avait l’intention de partir s’installer au Brésil et quelques années
plus tard, il a vendu le magasin et c’est sans doute ce qu’il a fait. Ma sœur a fait 3 saisons chez Micmac. Elle a aussi vendu les très célèbres «glaces Popoff ». Il y avait 2 magasins de
glaces, un au début du port où maintenant se trouvent les glaces Häagen daz et un autre vers la jetée. Le patron, M. Cotos était un grand monsieur imposant que l’on entendait de loin tellement
qu’il parlait fort. Il avait un accent polonais prononcé et portait toujours un grand châpeau en paille. Pour s’amuser et appeler les clients, il s’avançait sur le port et faisait retentir sa
cloche. Les gens faisaient la queue pour manger ses glaces à l’italienne. On ne pouvait pas aller à Saint Tropez sans s’arrêter pour voir M. Cotos et manger une glace Popoff. Il était très vite
devenu une figure incontournable du village. Sa femme tenait un magasin de glaces à Port Grimaud. Ma sœur cadette y a fait plusieurs saisons quelques années plus tard et moi-même quand j’ai eu 18
ans, j’ai été engagée à Saint Tropez et à Port grimaud pour fabriquer les glaces !!! Donc si vous êtes passé à Saint Tropez fin des années 80 et que vous avez dégusté une glace Popoff, vous
avez certainement mangé une glace fabriquée par moi !!!
M. Cotos était aussi connu pour ses talents de peintre.
Mais revenons à mon papa.
Mon père était le champion des contraventions. Il ne supportait pas de voir des voitures garées n’importe comment. Et
devinez quoi ? Très souvent, c’étaient les stars qui étaient mal garées mais mon père ne faisait aucune différence. Il arrivait donc qu’une vedette débarque furieuse au commissariat
brandissant le PV à la main. Mon père était à l’accueil.
- Qui est celui qui m’a mis ce PV ? s’écriait la star.
Mon père regardait tranquillement la contravention et répondait toujours très calmement :
- C’est moi.
- Je suis un tel et vous avez intérêt à m’enlever cette contravention, je suis une star, je suis……….
Et là mon père stoïque répondait :
- Un tel, moi, connais pas.
La star furieuse et choquée d’une telle réponse tournait les talons et s’en allait sans voix.
Ce genre d’anecdote nous faisait bien rigoler à la maison mais dommage que mon père ne parlait pas beaucoup.
Ce qui était dans une certaine mesure encore plus rigolo, c’est qu’à l’époque, le commissariat se trouvait au rez de
chaussée de la mairie vers la jetée et autour de la mairie se trouvaient des boîtes de nuit, des restaurants et des bars gays. Par conséquent, les policiers étaient cernés par les
gays !
Et tous les soirs, les policiers avaient pour ordre de faire une descente à pied à la jetée qui était le lieu de rendez vous
des gays. S’ensuivait alors une course-poursuite entre les flics en uniforme, lampe électrique à la main et les gays qui s’enfuyaient en courant la plupart du temps les fesses à l’air !!! Ce
n’était pas bien méchant mais tout de même, il fallait bien faire régner l’ordre.
A l’époque, on ne connaissait pas le mot « gay », on disait plutôt « tante » et surtout
« folle ». Il faut dire que Saint Tropez a toujours été célèbre pour ses mœurs exotiques.
Je me demande si l’idée de « la cage aux folles » n’a pas germé ici.
Ma mère avait travaillé dans les années 80 pour un couple assez extraordinaire. Il était homosexuel, elle était hétéro, ils
vivaient ensemble et s’aimaient d’un amour platonique. Ils étaient généreux, naturels et extravagants.
Dans les années 70, il avait ouvert un restaurant vers la jetée et pour faire rire les clients, il se déguisait en abeille
et se faisait suspendre et volait au dessus de leur tête tandis qu’ils mangeaient.
L’argent coulait à flot et il s’en foutait. Il mettait l’argent qu’il n’avait pas compté dans des sacs poubelles et il
disait à ses employés :
- Tiens va porter ça à la banque.
C’est sûr que le restaurant, il ne l’a pas longtemps gardé mais il s’en foutait car c’était l’instant présent qui lui
importait. « La fête ».
Saint Tropez a toujours été célèbre aussi pour son culte de la nudité et il n’était pas rare de voir des hommes en short en
jean très très court déambulés sur le port ou bien des femmes portant un voile transparent les seins nus et en string. Ce qui m’a toujours frappé, c’est les tenues de soirée portées en plein
après midi et la couleur marron de ces femmes qui avaient fini par cramer leur peau au soleil. Mais enfin, c’était la mode de se cramer. Tout le monde cherchait et cherche encore à devenir noir.
Hommes comme femmes. Alors vous voyez des peaux blanches couleur écrevisse, des peaux couleur brique, des peaux marron foncé flétries par l’âge et le soleil mais la peau du visage des dames est
toujours extrêmement tendue. Le visage figé dans un masque, elles marchent la tête haute, fières de n’avoir aucune ride, à la poursuite de l’éternelle jeunesse et du canon de la
beauté !
Mais elles appartiennent quand même à la génération lifting complètement raté.
Eh oui !, aujourd’hui c’est trop tard, on ne peut plus rattraper le coup même avec le meilleur chirurgien et un très
gros porte monnaie.
Mais rassurez-vous mesdames et messieurs, les nouvelles générations ne sont pas mieux. A la recherche de la perfection, de
la mode et de l’originalité, les jeunes débarquent à Saint Tropez avec la même morphologie, les mêmes coiffures, les mêmes vêtements, les mêmes chaussures et les mêmes visages !!!
Attention voilà les clones !!!!